Programme Aker

+ 4 % de sucre par an dans la betterave en 2020

Les avancées du programme Aker ont été présentées aux journalistes jeudi 27 novembre au Geves (Angers), en présence de Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint agriculture à l’Inra et chef du projet Aker, Bruno Desprez, président du comité de coordination Florimond Desprez et Vincent Landinat, président de l’ITB (de gauche à droite).
O.Lévêque/Pixel Image

Lancé en 2012, le programme Aker, réunissant 11 partenaires dont l’Inra, le Geves, l’Institut technique de la betterave (ITB) et Florimond Desprez, a un objectif clair: doubler le rythme de la croissance annuelle du rendement en sucre chez la betterave. Si les nouvelles variétés gagnent pour l’instant 2% de sucre par an, l’objectif est d’atteindre 4% en 2020, date de clôture d’Aker.

Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint agriculture à l’Inra et chef du projet Aker rappelle l’enjeu:

"Renforcer la compétitivité de la filière française de la betterave face à la canne à sucre, notamment avec la disparition programmée des quotas en 2017, pour répondre à une forte demande mondiale en sucre, en particulier sur les boissons sucrées".

20 millions d’euros

Avec un budget de 20 millions d’euros, dont 5 millions de subventions, Aker emploie 80 chercheurs. Une grosse partie du travail consiste à phénotyper des semences et des plantules, comme l’explique Bruno Desprez, président du comité de coordination Florimond Desprez:

"À partir d’une ressource génétique de 10 000 plantes, notamment sauvages, nous sommes arrivés à ne garder que 15 plantes exotiques représentant l’ensemble de la richesse allélique, ce qui est déjà très pertinent !"

Ces 15 plantes entièrement séquencées sont ensuite croisées avec une betterave élite pour obtenir des populations élites enrichies en variabilité exotique. Les 3 000 plantules obtenues seront ensuite caractérisées en 2018-2019 et serviront à sélectionner de nouvelles variétés Aker pour 2020. L’ensemble de ces travaux est possible grâce aux investissements de phéntotypage et génotypage intégrés dans le projet, notamment les outils d’imagerie tels le banc de germination, l’IRM ou le tomographe, pour obtenir une image 3D non destructrice des semences et de leur composition. Grâce à la prédiction des caractères physiques et physiologique des plantes, il est possible de croiser uniquement les individus d’intérêt majeurs pour obtenir la descendance la plus performante possible.

Parmi ces caractères d’intérêt visant à accroître le rendement en sucre blanc raffiné (moyenne de 15 t/ha cette année): la température de germination plus basse, pour jouer sur la durée de croissance et sur les zones d’implantation; les croissances racinaire et foliaires; les maladies mais également une meilleure efficience de l’utilisation de l’azote, pour optimiser les apports tout en protégeant l’environnement.

Huit ans pour proposer une nouvelle variété

S’il fallait 20 ans pour obtenir une nouvelle variété il y a 10-15 ans (15 ans de recherche variétale, 2 ans d’inscription, 3 ans d’évaluation par l’ITB), Vincent Landinat, président de l’ITB indique qu’il n’en faut désormais plus que 13, dont 8 années de recherche variétale grâce à la conduite du cycle sur un an au lieu de deux. Avec Aker, cette durée pourrait être divisée par deux, soit 8-9 ans, "voire encore moins", souligne Bruno Desprez, qui précise que la croissance annuelle de la teneur en sucre pourrait alors dépasser les 4 %!

Aker, inscrit dans le Programme d'investissements d'avenir, renforce ainsi le dynamisme de la recherche variétale sur la betterave, tout en permettant aux autres espèces d’exploiter à leur tour les technologies de pointe du programme. Si Florimond Desprez bénéficie en premier lieu des avancées d’Aker, les autres semenciers en betterave (Syngenta, KWS) pourraient à l’avenir aussi profiter des innovations, via l’achat de licences, évoque Bruno Desprez.