« Catastropheïka »

Début du mois d’août, nous rencontrions Michel Portier, directeur général d’Agritel, revenant d’Ukraine. Il rapportait ces propos tenus par les Ukrainiens à propos de la situation entre la Russie et l'Ukraine « Vous, européens, sous-estimaient la situation, vous n’imaginez pas jusqu’où Vladimir Poutine peut aller !». En apprenant quelques jours plus tard, la décision russe d’un « embargo total » sur la plupart des produits alimentaires en provenance de l’UE, des USA, du Canada et de l’Australie, ces mots sonnent comme un mauvais présage.

Selon Eurostat, le géant russe absorbe 10% des exportations agricoles et agroalimentaires de l’UE, pour un montant de 12 milliards d’euros/an. À l’échelle de l’hexagone, le chiffre d’affaires des exportations vers la Russie s’élève à environ 1 milliards d’euros. L’ensemble de la presse quotidienne de ces derniers jours détaille les impacts que cette décision pourrait avoir sur les filières agricoles françaises et européennes. Donc concrètement, ce qu’il faut craindre à court et moyen termes, un marché européen saturé. Un risque encore plus fort pour les fruits et légumes, denrées hautement périssables. L’UE, déjà s’organise, mobilisation de la réserve de crise, mesures de retraits pour permettre de soutenir les prix notamment pour les pêches et nectarines, une filière déjà plombée par la météo. La Pologne, qui exporte pas moins de 20 millions de tonnes de pommes à son voisin moscovite lance déjà des campagnes de communication patriotes, sur le réseau social twitter avec ce message « contre Poutine, mangez des pommes ».

Mais la presse relève aussi que cet embargo pourrait bien se retourner sur le peuple russe, qui pourrait de fait, devoir faire face aux pénuries sur certains produits et aussi et surtout à l’inflation.

D’un point de vue géopolitique, si Vladimir Poutine poursuit ses annexions, il se pourrait que l’Ukraine et ses tchernozioms si fertiles soient coupés en deux, 50% dans la partie nord du pays et 50 % dans la partie sud avec l’accès aux ports de Crimée qui deviendraient alors Russes. Tandis que toute la partie septentrionale du pays n’aurait plus accès à cette grande zone d’export. « Un perspective qu’il ne faut pas sous-estimer non plus », précise Michel Portier. Quid alors des entreprises européennes situées de part et d’autre de cette frontière, si elle devait devenir réalité ?